Title : Huiles essentielles, varices et varicosités : quel effet ?

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Title : Huiles essentielles, varices et varicosités : quel effet ?

Varices et varicosités : jusqu’où vont les huiles essentielles ?

Sur les varices et varicosités, les huiles essentielles apportent une sensation de fraîcheur et le confort d’un massage. Aucune étude clinique ne montre qu’elles referment une veine dilatée ou effacent un petit vaisseau visible. Bien diluées, testées sur la peau et écartées en cas de contre-indication, elles restent un complément de confort, pas un traitement.

À retenir

  • Effet réel : fraîcheur et confort passagers, aucune fermeture de veine démontrée.
  • Dilution prudente : 2 à 3 % pour les jambes, soit 4 à 7 gouttes pour 10 ml.
  • Signal d’alarme : veine rouge, chaude et douloureuse, pas d’huile et consultation rapide.
  • Ce qui a des preuves : compression, marche, gestes médicaux adaptés au calibre de la veine.

Varices et varicosités : deux calibres, deux problèmes

Les deux mots circulent comme s’ils étaient interchangeables. Ils ne le sont pas, et la différence décide de ce qu’une huile de massage peut espérer changer.

Selon Sonovein®, les télangiectasies désignent les dilatations veineuses intradermiques de moins de 1 millimètre, premier des trois calibres utilisés pour classifier les veines superficielles, avec les veines réticulaires de 1 à 3 millimètres et les varices au-delà de 3 millimètres, les télangiectasies étant classées C1 dans la CEAP. Autrement dit, les varicosités du langage courant, ces fins traits rouges ou violacés en étoile sur la cuisse ou le mollet, sont des télangiectasies. Une varice est un autre objet : une dilatation permanente d’une veine superficielle, que l’Assurance Maladie décrit à un stade avancé comme un cordon bleuté, tortueux et palpable.

 

Varicosités (télangiectasies)

Veines réticulaires

Varices

Calibre

Moins de 1 mm

De 1 à 3 mm

Plus de 3 mm

Aspect

Fins vaisseaux rouges ou violacés, en étoile

Veines bleutées visibles sous la peau

Cordons bleutés, tortueux, en relief

Gêne ressentie

Souvent aucune, parfois brûlure ou douleur

Variable

Jambes lourdes, crampes nocturnes, chevilles gonflées

Prise en charge médicale

Sclérothérapie, laser transcutané

Sclérothérapie

Bilan écho-Doppler, puis traitement du reflux veineux

Ces petits vaisseaux sont très répandus. La revue Cochrane consacrée à leur traitement, publiée en 2021, rappelle qu’on les retrouve chez 41 % des femmes, soit quatre femmes sur dix. Les varices relèvent d’un autre registre : l’insuffisance veineuse chronique touche entre 11 et 24 % de la population des pays industrialisés, avec trois femmes atteintes pour un homme, selon l’Assurance Maladie. Une même jambe peut porter les deux, et seul un écho-Doppler veineux dit si un reflux alimente ce que l’on voit en surface.

Ce que les huiles essentielles apportent aux varices et varicosités, et ce qu’elles ne font pas

Une huile essentielle agit sur la peau et sur la sensation. La veine malade, elle, reste sous la peau, et sa dilatation est permanente.

La fraîcheur est l’effet le mieux documenté. Dans sa monographie sur l’huile essentielle de menthe poivrée, adoptée en janvier 2020, l’Agence européenne des médicaments explique qu’une application cutanée produit une sensation de froid prolongée en stimulant les récepteurs sensibles au froid. D’où l’impression de jambes plus légères après un massage mentholé. Cette même monographie ne retient aucune indication veineuse : ses usages traditionnels cutanés visent les douleurs musculaires localisées et les démangeaisons sur peau intacte.

Pour l’hélichryse italienne, les données s’arrêtent au laboratoire. En 2024, une équipe publiée dans Frontiers in Pharmacology a testé quatre huiles essentielles du commerce sur des cellules en culture et dans des tests enzymatiques. L’hélichryse a réduit la production de monoxyde d’azote, un marqueur de l’inflammation, à des concentrations de 250 à 1 000 µg/ml, sans jamais atteindre 50 % de réduction. Les auteurs ne rapportent aucune donnée chez l’humain et demandent d’autres études. Un millilitre de milieu de culture au contact direct des cellules n’a rien de comparable avec une huile diluée qui doit traverser la peau.

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L’essai le plus parlant ne porte pas sur les varices mais sur le lymphœdème. En 2006, des soignants britanniques ont réparti au hasard des patients entre deux groupes : automassage et soins de peau avec une crème contenant des huiles essentielles, ou même protocole avec une crème sans huiles. Le massage a significativement amélioré les symptômes et le bien-être ressentis. Les huiles essentielles n’ont rien ajouté, alors qu’elles avaient été choisies pour ce type de patients.

Ce qu’aucune huile ne fait : resserrer une veine dilatée de plus de 3 mm, supprimer le reflux qui l’alimente, effacer une télangiectasie. Nous n’avons trouvé aucun essai randomisé testant le cyprès, l’hélichryse, le lentisque ou la menthe poivrée sur des varices ou des varicosités chez l’humain.

L’Anses rappelle que les huiles essentielles en vente libre, hors monopole pharmaceutique, ne doivent revendiquer aucune allégation thérapeutique, car leur composition n’est pas garantie. Fermer une veine malade relève d’un geste médical. Parmi les options actuelles, le traitement des varices par ultrasons focalisés de haute intensité (HIFU) referme la veine par la chaleur depuis l’extérieur de la jambe, sans incision ni effraction, guidé par échographie ; il vise le reflux des veines saphènes, pas les varicosités, et le déroulé d’une séance avec Sonovein® est détaillé ici.

Cyprès, hélichryse, lentisque, menthe poivrée : huile par huile

Les quatre huiles les plus citées dans les mélanges « jambes légères » n’ont ni le même niveau de données ni les mêmes pièges.

  • Cyprès toujours vert (*Cupressus sempervirens*) : l’huile la plus associée à la circulation, sans étude clinique publiée sur les varices. Le Moniteur des pharmacies signale des propriétés œstrogène-like et la contre-indique en cas d’antécédent de cancer hormono-dépendant.
  • Hélichryse italienne (*Helichrysum italicum*) : présentée dans les guides d’aromathérapie comme l’huile de la microcirculation, avec des données limitées aux cellules en culture. Le Moniteur des pharmacies la contre-indique avec les anticoagulants : sous ce type de traitement, le mélange classique cyprès-hélichryse est donc exclu.
  • Lentisque pistachier (*Pistacia lentiscus*) : présenté dans les ouvrages d’aromathérapie comme décongestionnant veineux, sans essai publié sur les varices ni sur les varicosités.
  • Menthe poivrée (*Mentha x piperita*) : la mieux documentée pour la fraîcheur, et la plus encadrée. L’EMA la contre-indique chez l’enfant de moins de 2 ans, en raison d’un risque de spasme du larynx, et chez l’enfant ayant des antécédents de convulsions. Elle ne s’applique pas sur une peau lésée ou irritée, et le Moniteur des pharmacies la dit formellement contre-indiquée chez la femme enceinte.

Dilution et massage : le mode d’emploi prudent, en gouttes

Sur les jambes, la surface à couvrir est grande, et c’est elle qui impose une dilution basse.

Le Moniteur des pharmacies situe le plafond général de la voie cutanée à 10 % et rappelle que les massages étendus exigent une dilution impérative. Il donne un repère de conversion : pour la majorité des fabricants, 1 goutte pèse 40 mg. Un flacon de 10 ml d’huile végétale pèse un peu plus de 9 g. Le calcul donne ceci :

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Dilution

Huile essentielle pour 10 ml d’huile végétale

Repère en gouttes

Usage

1 %

Environ 90 mg

2 gouttes

Peau sensible, petite zone

2 %

Environ 180 mg

4 à 5 gouttes

Massage régulier des jambes

3 %

Environ 270 mg

7 gouttes

Plafond prudent pour un massage étendu

10 %

Environ 900 mg

22 à 23 gouttes

Plafond général, inadapté à toute la jambe

Un mélange type donne une idée concrète : 3 gouttes de cyprès, 2 gouttes d’hélichryse et 1 goutte de menthe poivrée dans 10 ml d’huile végétale, soit 6 gouttes et un peu moins de 3 %. Ce mélange suppose d’avoir vérifié chaque contre-indication de la section précédente.

  1. Faire un test de tolérance : 1 goutte d’huile essentielle diluée dans 5 gouttes d’huile végétale, au pli du coude ou à l’intérieur du poignet, puis 24 heures d’attente. Une rougeur ou une démangeaison fait renoncer à l’huile.
  2. Compter les gouttes plutôt que verser à l’œil, et ne pas associer plusieurs huiles riches en une même substance, pratique que l’Anses déconseille pour éviter les surdosages.
  3. Masser de la cheville vers le genou, puis du genou vers la cuisse, par effleurements lents et sans appuyer sur les veines saillantes.
  4. Se laver les mains après l’application, recommandation reprise par l’Anses. L’EMA signale qu’un contact avec les yeux, mains non lavées, peut les irriter.
  5. Arrêter à la moindre irritation, et ne jamais appliquer sur une peau abîmée ou qui démange.

Le soir, une douche fraîche sur les jambes soulage aussi, rappelle l’Assurance Maladie, sans aucune préparation.

Contre-indications et signes d’alerte avant toute application

Certaines situations excluent les huiles essentielles, quelle que soit la dilution. Elles concernent justement des profils où les varices sont fréquentes.

La grossesse arrive en tête. Le manuel MSD note que les varices apparaissent parfois pour la première fois pendant cette période. Le Moniteur des pharmacies recommande d’éviter les huiles essentielles pendant la grossesse de façon générale, et l’EMA déconseille la menthe poivrée pendant la grossesse comme pendant l’allaitement. Chez l’enfant, le risque est d’abord accidentel : les appels aux centres antipoison pour des huiles essentielles sont passés de 1 926 en 2011 à 3 752 en 2021, avec un âge médian de 3 ans, selon l’Anses. Un flacon de massage posé sur la table de nuit n’y a pas sa place.

L’épilepsie ou des antécédents de convulsions imposent un avis médical, les huiles riches en terpènes étant contre-indiquées. Le traitement anticoagulant exclut l’hélichryse, un antécédent de cancer hormono-dépendant exclut le cyprès. Enfin, la peau lésée est hors jeu : eczéma variqueux, zone grattée, ulcère de jambe. L’Assurance Maladie range l’eczéma et l’ulcère parmi les complications chroniques des varices, et ces peaux fragiles ne supportent ni huile essentielle ni frottement.

Signes d’alerte : un cordon chaud, rouge et douloureux sous la peau, le long d’une veine, fait suspecter une phlébite superficielle. Une douleur ou un gonflement brutal et intense de la jambe évoque une thrombose veineuse profonde. Une varice qui saigne sans s’arrêter ou une plaie ouverte sur la jambe relèvent aussi d’une consultation rapide. Dans tous ces cas, pas d’huile et pas de massage.

Varices et varicosités : ce qui a fait ses preuves

Les mesures validées ne sont pas les mêmes pour une varice et pour une varicosité.

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Pour les jambes lourdes et les varices, l’Assurance Maladie place l’hygiène de vie au cœur du traitement :

  • La marche, recommandée chaque jour, pour activer la pompe du mollet.
  • La chaleur évitée : sols chauffants, sauna, hammam, épilation à la cire chaude.
  • La compression médicale de classe 2 ou 3, portée du matin au soir et remplacée tous les 4 à 6 mois, soit deux à trois paires par an. Elle est prise en charge selon un tarif de référence.

Les veinotoniques oraux ont des effets modestes. La revue Cochrane de 2020 conclut qu’ils réduisent probablement un peu l’œdème (risque relatif de 0,70, 13 études, 1 245 participants) et le tour de cheville de 4,27 mm en moyenne (15 études, 2 010 participants). Pour une cheville de 25 cm de tour, cela représente moins de 2 %. Ils ne changent pas la qualité de vie et entraînent un peu plus d’effets indésirables que le placebo. L’Assurance Maladie précise qu’aucune étude n’a prouvé leur effet sur l’évolution de la maladie, et qu’ils ne sont pas remboursés : leur usage se discute avec le médecin.

Pour les varicosités, la sclérothérapie reste la référence. La revue Cochrane de 2021, qui réunit 35 essais et 3 632 participants, montre que les produits sclérosants font mieux que le placebo, au prix de plus de pigmentations brunes et de néovaisseaux fins, sans différence nette avec le laser. L’essai EASI, publié en 2010, a randomisé 316 patients : jusqu’à trois séances d’injection, photographies analysées par des observateurs indépendants à 12 et 26 semaines. À 26 semaines, 88 % des patients traités au polidocanol se disaient satisfaits, contre 11 % sous placebo. Le manuel MSD prévient que ces petits vaisseaux peuvent réapparaître après traitement.

Pour les varices, tout part d’un écho-Doppler, qui localise le reflux. Selon le cas, le médecin vasculaire propose une sclérothérapie à la mousse, une technique thermique endoveineuse par laser ou radiofréquence sous anesthésie locale, une chirurgie, ou le HIFU des varices depuis l’extérieur de la jambe. De nouvelles varices peuvent apparaître au fil des années, quel que soit le traitement, ce qui justifie un suivi.

Un massage du soir aux huiles essentielles bien diluées peut rendre les jambes plus légères pour quelques heures, et cet effet est réel. Il ne change ni le calibre d’une varice ni l’aspect d’une varicosité. Si vos jambes gonflent, si une veine grossit ou si des vaisseaux s’étendent, commencez par un avis médical et un écho-Doppler. Le flacon vient ensuite, en complément, jamais à la place.

Sources

  • Agence européenne des médicaments (EMA, HMPC), European Union herbal monograph on Mentha x piperita L., aetheroleum, révision 1, 15 janvier 2020
  • Anses, Vigil’Anses n° 24, Huiles essentielles : à utiliser avec précaution !, décembre 2024
  • Frontiers in Pharmacology, Cebollada P. et al., An integrated in vitro approach on the enzymatic and antioxidant mechanisms of four commercially available essential oils traditionally used topically for their anti-inflammatory effects, 2024
  • European Journal of Oncology Nursing, Barclay J. et al., Reducing the symptoms of lymphoedema: is there a role for aromatherapy?, 2006
  • Phlebology, Rabe E. et al., Sclerotherapy of telangiectases and reticular veins: a double-blind, randomized, comparative clinical trial of polidocanol, sodium tetradecyl sulphate and isotonic saline (EASI study), 2010

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